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Ces cellules sont constituées de molécules, les molécules
sont constituées d’atomes et ces atomes sont constitués
de particules. Nous savons maintenant que ces particules sont apparues,
il y a 15 milliards d’années avec l’origine de la vie
et que ces atomes se sont formés au cours des premiers temps
de l’univers, que les atomes de carbone nécessaires à
la vie se sont formés par la rencontre de trois noyaux d’hélium
dans un soleil qui a précédé notre soleil, lequel
n’a que 4 milliards d’années. Tous ces éléments
se sont unis, se sont regroupés et dans un tourbillon, la Vie
est née.
Nous portons donc en chacun de nous toute l’histoire de l’univers
et nous sommes des enfants du cosmos, des enfants de la Terre. Par la
conscience, par la culture, nous nous sommes différenciés
des autres animaux tout en restant des animaux. C’est cette double
identité humaine qu’on nous cache, qu’on nous masque
et qu’on n’arrive pas à comprendre parce que tout est
séparé. Nous sommes aussi des machines terriennes, nous
fonctionnons à 37° de température normale et nous
portons en nous cette chose extraordinaire qu’est l’organisation
vivante, c’est-à-dire, que notre véhicule se dégrade
parce que nous travaillons le jour et même la nuit : notre
corps travaille, notre cœur bat, nos poumons respirent, notre sang
circule, ...
Qu’est-ce que travailler ? C’est dégrader
l’énergie, c’est pourquoi on a besoin de se nourrir.
Mais à force de travailler, nos cellules se dégradent,
nos cellules meurent. Nous produisons alors des cellules jeunes, cela
veut dire que nous vivons de la mort de nos cellules parce que, grâce
au rajeunissement des cellules, nous rajeunissons en vieillissant. Une
formule du grand philosophe Héraclite qui vivant 6 siècles
avant notre ère disait : « vivre de mort et mourir
de vivre. » Vivre de mort veut dire pas seulement que nous
vivons en tuant des animaux pour les manger mais aussi que nous vivons
de la mort de nos cellules donc la vie lutte en s’aidant de la
mort ; et mourir de vivre : à force de rajeunir, ça
devient très fatigant, alors on vieillit !
Il est très intéressant que nous sachions ce que nous
sommes. Si on prend la physique, la chimie, la biologie, les sciences
humaines, qu’est-ce qui nous manque ? Les sciences nous montrent
les êtres humains objectivement mais pas subjectivement, soit
ce qui se passe à l’intérieur : leurs sentiments,
leurs passions.
Qu’est-ce qui montre la subjectivité humaine ? C’est
le roman, la littérature. C’est merveilleux la littérature !
Vous pensez peut-être que c’est fait uniquement pour le plaisir,
pour se divertir, pour passer le temps mais pas du tout. La littérature
est un moyen de nous connaître nous-mêmes et de connaître
autrui ; que vous preniez Balzac, Dickens, ... vous voyez les êtres
humains dans leurs sentiments, leur amour, dans leur milieu, leur contexte
et puis parfois même dans leur cadre historique comme pour Guerre
et Paix de Tolstoï. Nous y voyons vraiment cette dimension de la
vie humaine que les sciences ne vous montrent pas.
Donc la littérature est un moyen extraordinaire de connaissance
et aussi un moyen de ressentir, de sympathiser, enfin un moyen extraordinaire
de nous découvrir nous-mêmes.
N’ayant pas reçu personnellement, comme beaucoup, une culture
de ma famille, j’en suis très heureux et j’en remercie
mon père. J’ai ainsi été amené à
trouver ma propre vérité dans des livres.
J’ai trouvé deux vérités fondamentales :
- la première, c’est le doute, le scepticisme que j’ai
trouvé chez Anatole France et chez Montaigne ;
- la deuxième, c’est le besoin de comprendre autrui, la
complexité d’autrui que j’ai trouvé chez Dostoïevski
et chez d’autres. La littérature aide à comprendre
ce qu’est l’être humain et à nous comprendre
nous-mêmes en tant qu’être humain.
Quant à la poésie, c’est très beau, c’est
un plaisir de réciter des vers ; j’ai un grand ami
qui connaît par cœur des poèmes allemands, français,
anglais et qui éprouve une jouissance à les réciter.
Quand il était dans un camp de concentration, pendant la guerre,
il se récitait ses poèmes. Mais il n’y a pas seulement
la poésie écrite, il y a aussi la poésie de vie,
la poésie à vivre et c’est très important
pour la connaissance de l’humain.
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