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Donc l’idée qu’on puisse vivre selon une raison pure
est une idée fausse. De plus, une raison « glacée »
a ses limites, et comme l’a dit Pascal : « le cœur
a ses raisons que la raison ne connaît pas. »
L’amour peut être soit extra-lucide, soit extra-aveugle.
Il peut être extra-lucide parce que, par amour, vous comprenez,
vous connaissez, vous découvrez les qualités de la personne
que vous aimez mais vous pouvez aussi être aveuglé par
la passion et voir une personne merveilleuse alors qu’elle ne l’est
pas du tout.
Il faut toujours avoir de la rationalité au cœur de la passion
mais il faut toujours avoir de la passion au cœur de la rationalité.
Et il faut aussi avoir de l’amour, de la sympathie ; pour
comprendre une autre personne, il ne faut pas seulement des moyens objectifs
(son âge, son physique, ...), il faut aussi un mouvement de sympathie,
d’empathie pour entrer dans son âme. Si vous voyez quelqu’un
qui pleure, il vous faut un minimum de sympathie pour que vous sentiez
son chagrin et soyez capable de l’aider.
Donc la connaissance nécessite aussi la compréhension,
qui est beaucoup plus que la connaissance et qui englobe la connaissance ;
elle nécessite aussi cet élan de sympathie et du cœur.
Introduire dans tous les niveaux de l’enseignement la connaissance
de la connaissance : connaître la connaissance, connaître
des problèmes des difficultés, l’illusion et l’erreur.
C’est vital.
On n’enseigne jamais non plus ce qu’est l’être
humain. Le philosophe Heidegger a dit : « Jamais
on a eu autant de connaissances sur l’homme et jamais on n’a
su aussi peu ce qu’est Être humain ! »
Pourquoi ? Parce que non seulement on n’enseigne pas ce qu’est
être humain mais parce que, de plus les connaissances sont séparées
les unes des autres.
Qu’est-ce que sont les sciences humaines et la sociologie ?
La sociologie étudie les structures de la société
et tend en général à dissoudre les individus. Les
individus disparaissent dans la sociologie mais si vous faites de la
psychologie, les individus sont fondamentaux mais du coup la société,
le milieu tend à disparaître.
L’économie, elle, est une science fondée sur
le calcul mais le calcul est incapable de comprendre l’amour, la
peur, la haine, le désir, ... tous les sentiments, tout ce qui
nous fait humain. Et à chaque fois qu’une crise arrive,
les plus étonnés sont les économistes : ils
n’avaient pas prévu. Alors non seulement ils se trompent
dans leurs calculs mais ils ne se rendent pas compte que l’économie
fait partie de l’ensemble de l’histoire humaine, de la vie
humaine, des passions humaines.
Alors, ces sciences sociales et humaines ne communiquent pas les unes
avec les autres. Mais nous avons la culture, le langage, nous
avons une ? d’esprit mais l’esprit est inséparable
du cerveau ; or, le cerveau est étudié en biologie
et l’esprit en psychologie alors que ce sont des choses liées.
Et nous nous rendons compte que la connaissance humaine est coupée
en deux : une partie qu’on appelle les sciences humaines et
qui ignore notre réalité biologique et animale et une
partie biologique et animale qui ignore notre partie culturelle et humaine.
Pourtant nous savons depuis Darwin, depuis le XIXe siècle
qu’il s’est passé sur la planète Terre une chose
extraordinaire qui est l’évolution : parti de l’unicellulaire,
la vie s’est transformée dans le monde végétal
et animal et nous, nous sommes des primates ; nous sommes cousins
des singes, nous sommes des mammifères et les mammifères
sont des animaux dont les femelles ont des seins, qui sont capables
d’allaiter, et qui ont beaucoup d’affectivité et de
curiosité. Nous en avons hérité.
Donc nous sommes des vertébrés, nous sommes des animaux
faits de 300 milliards de cellules. Chacun d’entre nous est une
république de cellules. Quand on dit aujourd’hui que 7 milliards
d’humains ne peuvent pas s’organiser de façon harmonieuse,
que pensez-vous alors des centaines de milliards de cellules qui sont
bien organisées dans l’organisme ?
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